Le service de l'inventaire de la Région Normandie présente tout l'été une exposition inédite consacrée au village du Mont Saint- Michel.
Elle raconte le développement de la cité monastique pendant treize siècles, qui est une composante indissociable du site inscrit en 1979 sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
Comment s'est développée la cité, depuis son émergence à l’ombre du sanctuaire Saint-Michel, fondé au début du VIIIe siècle par Aubert évêque d’Avranches, jusqu’à l’époque contemporaine?
Si l’abbaye, haut lieu de pèlerinage et du tourisme mondialisé, a longtemps focalisé l’intérêt des historiens et des architectes, le village est devenu au fil des travaux universitaires et des investigations archéologiques un objet d’étude pluridisciplinaire.
La démarche de l’Inventaire consistant en la confrontation des sources à l’observation in situ enrichit la compréhension de son développement, fort complexe, que l’exposition souligne selon un parcours chronologique.
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La fondation du sanctuaire Saint-Michel au début du VIIIe siècle attire sur le rocher une communauté d’habitants qui s’établit dans un secteur plus clément, au nord-est, entre le châtelet abbatial et l’église Saint-Pierre, où Aubert, évêque d’Avranches, se fait inhumer.
L’architecture romane de l’église actuelle présente des modifications ultérieures.
Sous la juridiction de l’abbaye, les habitants exercent alors des activités commerciales et artisanales en lien avec les pèlerinages.Implantée à mi- pente du rocher, l’église Saint-Pierre a profondément marqué la ville qui s’est d’abord développée au nord-est, sur un point élevé du rocher. © Région Normand – Inventaire général, Arnaud Poirier
L’église paroissiale est un édifice roman à l’évolution complexe, qui a connu plusieurs modifications entre le XIVe et le XIXe siècle. L’élévation méridionale est dominée par un clocher demi-hors-œuvre couvert par un toit en bâtière. © Région Normandie – Inventaire général, Manuel de Rugy.
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Eloignés du pouvoir central (Rouen), les moines bénédictins sont obligés de se défendre seuls, avec l’aide de leurs vassaux.
En plein essor, la cité est protégée par des ouvrages défensifs.
Un demi-siècle après son rattachement au royaume de France (1204), une enceinte fortifiée, dont il subsiste des vestiges, est construite pour mieux protéger la ville.
Un chemin, aménagé le long du flanc oriental du rocher, favorise son expansion urbaine jusqu’à la grève au sud pour former, à la fin du XIVe siècle, un novus burgus (bourg neuf).
La Tête Noire possède une façade à pignon sur rue étroite qui occupe toute la profondeur de la parcelle. En dehors du rez-de-chaussée, ses ouvertures ont été peu modifiées depuis la fin du XVIIe siècle. © Région Normandie – Inventaire général, Manuel de Rugy.
Entre les maisons et le rempart nord-est, un ancien fossé aménagé en jardin suit la déclivité du terrain. © Région Normandie – Inventaire général, Manuel de Rugy.
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Les ouvrages défensifs, réparés et renforcés dès le XIVe siècle ont une incidence très forte sur l’aménagement foncier que l’abbé réglemente.
Le découpage du territoire en parcelles laniérées, concédées par l’abbé moyennant une redevance, est caractéristique de l’urbanisme médiéval.
Il conditionne l’implantation des maisons, à front de rue, et leur hauteur.
Le pan de bois prédomine et facilite la construction des étages en encorbellements.
Les rez-de-chaussée ont souvent une fonction commerciale.
Vue aérienne méridionale de la fortification urbaine à marée haute, du corps de garde des bourgeois à la tour Boucle. © Région Normandie – Inventaire général, François Levalet.
La maison de l’Arcade est érigée sur quatre niveaux dont deux s’inscrivent en surplomb sur un rez-de-chaussée entresolé, d’où part un escalier reliant la Grande Rue à la porte ville et au chemin de ronde. Les étages sont desservis par une tourelle d’escalier en vis, dite tour du guet. © Région Normandie – Inventaire général, Manuel de Rugy. Les modifications et reconstructions intervenues aux époques modernes et contemporaines ont relativement épargné le parcellaire laniéré. Dans le bas de la rue, les maisons Saint-Pierre et la Sirène, construites dans la seconde moitié du XVe siècle, présentent un mur-gouttereau sur rue. © Région Normandie – Inventaire général, Arnaud Poirier
La façade sur rue de la maison La Sirène se compose d’une structure en pan de bois (chêne) entre deux murs maçonnés. L’ossature principale s’organise en trois travées de poteaux porteurs courts qui permettent une élévation en surplomb des deux étages. Elle est datée par analyse dendrochronologique entre 1462d et 1482d. © Région Normandie – Inventaire général, Patrick Merret.
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Fragilisé par les guerres de Religion, le tissu urbain présente des disparités liées à l’abandon progressif du noyau urbain primitif, en arrière de l’église Saint-Pierre.
La dégradation des ouvrages fortifiés, soumis à de forts courants traversiers, précarisent la vie des 250 habitants.
Plusieurs maisons sont intégralement reconstruites en pierre et l’enceinte urbaine fait l’objet d’importants travaux au cours du XVIIIe siècle.
Plan du Mont St Michel pour servir au rétablissement de l’enceinte de la ville relatif aux profils et mémoire estimatif du 19 mars 1731. Encre et aquarelle sur papier, De Caux, 19 mars 1731 (Archives départementales du Calvados. C/467/1). Au tournant du XVIIIe siècle, Vauban, commissaire général des fortifications du royaume, alerte sur l’état préoccupant des remparts de l’agglomération. Il faut cependant attendre trois décennies pour que des travaux soient engagés sous la direction de Pierre de Caux, ingénieur du roi. © Archives départementales du Calvados
Construite sur les plans de Pierre de Caux en 1732-1733, la tour Basse remplace un bastillon. De plan semi-barlong, elle se termine par une vaste plate-forme destinée à accueillir les canons. © Région Normandie – Inventaire général, Patrick Merret.
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Conservée au musée des Plans-Reliefs (Paris), la maquette historique du Mont Saint-Michel a été réalisée par un moine bénédictin de l’abbaye avant 1691.
Offerte à Louis XIV en 1709, elle célèbre, avec les autres plans-reliefs installés par Louvois, ministre de la Guerre, dans la Grande Galerie du Louvre, la puissance de la monarchie.
Le public pourra la découvrir sur une table tactile à travers le modèle 3D, réalisé par Benoît Rogez, ingénieur, avant sa restauration au début des années 2000.
Le modèle 3D du plan relief
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Après une période de désaffectation, l’Eglise et l’Etat redonnent au Mont son pouvoir d’attraction.
L’afflux des pèlerins exige réparations et restaurations qui se concentrent d’abord sur l’abbaye et les remparts.
A partir de la fin du XIXe siècle, l’habitat connaît, avec le développement naissant du tourisme, des transformations majeures.
Cette mutation coïncide avec l’élaboration de la loi sur la protection des immeubles au titre des monuments historiques (31 décembre 1913).
Le courant régionaliste s’impose à travers les constructions nouvelles, reflet d’un intérêt renouvelé pour le patrimoine vernaculaire.
Ouvriers à l'œuvre dans la Grande Rue à hauteur du logis Saint-Aubert. Photographie, 1908 (Collection particulière). Après la séparation des Eglises et de l’Etat (1905), l’évêque diocésain confie l’organisation des pèlerinages et la célébration du XIIe centenaire de la fondation de l’abbaye (octobre 1908-octobre 1909) à son vicaire général, Mgr Lepetit. Ce dernier engage des travaux considérables sur plusieurs maisons du village dont il est devenu propriétaire.
Avec l’essor de l’architecture régionaliste, le pan de bois est reconsidéré et réinterprété avec des matériaux nouveaux. Le village du Mont n’échappe pas à cette vogue. Reconstruit en 1909 par Louis Leriverend, ancien agent voyer du canton de Pontorson devenu architecte de la Société immobilière de la Baie, le logis Saint-Symphorien propriété de Mgr Lepetit allie des références historicistes et locales. © Région Normandie – Inventaire général, Patrick Merret.
Au lieu-dit des Trois Piliers, Annette et Victor Poulard font construire une grande villa dans le style régionaliste qu’ils baptisent l’Ermitage. C’est là qu’ils prennent leur retraite en 1906, après trente années de labeur dans la restauration. © Région Normandie – Inventaire général, Manuel de Rugy.
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Avec l’avènement du tourisme de masse, l’Etat développe une politique de protection et d’acquisition au sein du village, afin de maîtriser d’une part, les travaux d’extension et de surélévation du bâti et, d’autre part, de préserver l’intégrité des remparts ainsi que la vue sur la Merveille.
Les enjeux économiques mettent sous tension le bâti pris dans un double processus de modernisation et de patrimonialisation.
Les premiers fondements de la restauration des monuments historiques sont posés.
Ernest Herpe, architecte en chef en charge du Mont, tente de les appliquer lors de travaux menés sur plusieurs maisons.
L’hôtel des postes est l’un des rares édifices publics construits durant l’entre-deux-guerres. Il a été édifié en 1935 sur les plans de Pierre Chirol (1881-1953), architecte régional des Postes et Télégraphes, à l’emplacement d’un magasin, Au Paradis des touristes. © Région Normandie – Inventaire général, Patrick Merret
Au lieu-dit Le Tripot, le logis Sainte-Catherine et son jardin occupent un secteur haut du village, en contrebas du logis abbatial. Albert Victor Poulard (1873-1950), neuro-ophtalmologiste réputé des Hôpitaux de Paris, en a fait sa résidence secondaire. © Région Normandie – Inventaire général, Patrick Merret.
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Face à l’ampleur des dénaturations, le service des monuments historiques choisit de reconstruire plusieurs immeubles.
Pierre-André Lablaude, architecte en chef, en charge du Mont de 1983 à 1990, choisit de restituer plusieurs maisons à partir du plan- relief pour redonner une valeur patrimoniale au village.
Plusieurs fois reconstruit, son bâti offre aujourd’hui une pluralité de typologies architecturales dont la plupart est protégée au titre des monuments historiques.
En 1989-1990, Pierre-André Lablaude, architecte en chef des monuments historiques, restitue le pan de bois de l’étage, qui avait disparu sur l’un des deux bâtiments du Chapeau Blanc (1989-1990), en se référant au plan-relief de la fin XVIIe siècle. © Région Normandie – Inventaire général, Manuel de Rugy
Les grands travaux de Rétablissement du caractère maritime du Mont Saint-Michel (1995-2015) ont accompli le vœu hugolien de rendre au Mont son caractère insulaire. Un pont-passerelle, imaginé par l’architecte autrichien Dietmar Feichtinger, trace un cheminement aérien, d’où le visiteur découvre le site d’une façon sublime. © Région Normandie – Inventaire général, Patrick Merret
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Réalisées par la société Biplan (Caen, / Cherbourg), quatre captations audiovisuelles, intégrées au parcours de l’exposition, invitent à découvrir le village par le prisme du vécu et l’imaginaire de Montois.
Elles sont le fruit d’une démarche expérimentale, menée partiellement, d’approche croisée du patrimoine matériel et immatériel qui a permis de replacer l’humain au coeur du processus de construction patrimoniale.